Écottais (les) - Tome II
Écottais (les), f. et ruines d'un château fort, cne de Jublains, à 2 kil. S.-E. du bourg. — J. Descotetis, … feodum Descotté, XIIIe s. (Obit. d'Évron). — Le fié au seigneur des Escotez, 1312 (Bibl. nat., fr. 8.736). — Les Escotaiz, 1422 (Arch. nat., X/1a. 9.191, f. 16). — Écotés, château en ruine sur le chemin de Mayenne à Évron (Jaillot). — Écotats (Cassini). — Le châtelain devait trois fois et hommages à la baronnie de Mayenne pour la haute justice et pour les foires de la Saint-Luc et de la Saint-Laurent (1387). Il prenait les bois sans « merc », à tous usages, dans la forêt d'Hermet, et revendiquait contre le chapitre du Mans le droit de patronage sur la paroisse. Le fief s'étendait sur Jublains, Grazay et Hambers. Dans cette dernière paroisse le fief du Pot-Percé était tenu à une singulière redevance. Le pré de l'étang, ancien étang de la Motte, près du bourg, était rempli d'eau par le détenteur. Un « pau » était planté au milieu, le jour de Noël, coiffé d'un « pot de terre neuf percé par le cul », et le garçon qui avait épousé une veuve dans l'année devait, la tête couverte d'un chaperon et les yeux « bornés, » aller casser le pot avec un bâton et placer son chaperon sur le poteau.
L'aveu de 1669 mentionne encore la maison seigneuriale des Écottais, qui était habitée presque jusqu'à la fin du siècle. Mais, en 1709, la ruine était déjà bien avancée. Aujourd'hui il n'y a plus debout qu'une aiguille effilée, de 20 m. de haut, du donjon principal qui défendait le pont-levis au levant, et, à l'angle S.-O., la base d'une grosse tour percée de meurtrières étroites avec point de mire au milieu. L'enceinte, qui forme un carré irrégulier d'une soixantaine de mètres de côtés, entourée de larges douves toujours pleines d'eau, a été détruite systématiquement pour en utiliser les matériaux ; de gros blocs de maçonnerie compacte sont couchés dans les fossés. Des galeries souterraines existent ; la voûte en est effondrée sur un point du circuit au nord.
Ce château-fort avait été construit pendant la première période de la guerre de Cent-Ans. Jean des Écottais y entretenait une petite garnison, avec laquelle il sortait pour faire des courses contre les Anglais. Avec le consentement du seigneur du Bellay, lieutenant de Guérin de la Fontaine, gouverneur pour le roi du Maine et de l'Anjou, il avait mis sa forteresse en état de résister à un coup de main. Au mois de mars 1422 (n. s.), Jean des Vaux, capitaine de Mayenne, avec Guillaume de la Palu, Guillaume des Arglantiers, Jean Girard et cent-vingt hommes, vint, pendant que le seigneur des Écottais était sur les champs, assaillir son château. Deux bateaux dont ils s'étaient munis permirent à la troupe de gagner la poterne, de rompre les portes, d'envahir et de dévaster la place, où il n'y avait que quelques serviteurs et Fouquet de la Haie qui fut mis à rançon. Jean des Vaux s'excusait de cet assaut donné à un château qui tenait pour le roi de France, en disant qu'il avait été construit en place d'une maison basse et sans défense, à la faveur des troubles, sans permission et au préjudice de la dame de Mayenne ; et qu'il devait être détruit suivant une ordonnance du roi comme incapable de soutenir un siège. D'ailleurs prétendait-il ; les mauvais garçons commandés par un nommé Dolo, que Jean des Écottais entretenait dans son repaire, pillaient tout le pays. C'étaient calomnies et l'envahisseur fut condamné à remettre en état la place démantelée et à payer une forte amende. Le sire des Écottais ne se contenta pas de cette satisfaction légale. Avec la complicité du baron de Coulonges et de Jean d'Avaugour, il chassa Jean des Vaux du château de Mayenne et s'y installa, janvier 1423 (n. s.). Tristes exploits, tristes représailles
Seigneurs : Thibault des Écottais suit Richard-Cœur-de-Lion en Palestine, 1191 (Revue d'Anjou, 1854, p. 51). — Guillaume des É., avec d'autres complices, s'empare du château de Ceaulcé qui appartenait à Jean de Tanlay, évêque du Mans, 1280. Jean, Henri, Gervais et Maurice des Écottais avaient leur noms inscrits à l'obituaire d'Évron, au XIIIe s. — Gervais des É., protestataire contre Charles de Valois, comte du Maine, 1301, fournit avec Guillaume Le Vayer, seigneur d'Aron, dix « armeures de fer pour le service du roy, en l'ost de Flandres », 1302. — Geoffroy des É. épouse vers 1330 Isabeau de Chahanay, veuve en 1347. — Guillaume des É., mari de Jeanne de la Feillée, 1363, assiste à l'entrée du duc d'Anjou à Angers, après sa campagne contre les Anglais en Guyenne, 1372 ; est dit paroissien de Jublains, 1376. — Jean des É. épouse en 1387 Jamée de la Barre du Horps, veuve en 1402. — Jean des É., mari de Jeanne de Logé, cède à Jean de la Lobe le moulin de la Lasse ou de la Lousse, 1415. — Jean des É. épousa : 1° Catherine de Vassé, 2° Jeanne d'Orange ; il vivait en 1431. — Jean des É., chevalier, 1455, mari d'Anne de Champ-chevrier, partagea la succesion de Jean d'Ingrandes, dont il eut le domaine de Rezé, 1465. — Guyon des É. partage, en 1485 et 1494, avec ses frères et sœurs, au nombre desquels Guillaume et Raoul. Charles VIII donne mandement en sa faveur, en 1496, pour obliger Jean de Landepoutre, Jean Le Verrier et autres à lui payer certaines redevances féodales. Il était interdit comme « dissipateur et idiot » en 1502, sous la curatelle de Jeanne de Marcillé, sa femme. — François de Mondamer, mari de Guillemine des Écottais, 1531, veuf, 1541. — Mathieu de M., mari de Lancelotte de Saint-Melaine, veuve en 1560. René-Ancelot de Roquelaure est curateur de leurs enfants, 1570. — Claude de M., ligueur, fut compris nommément dans les articles de la capitulation de Laval, 1594. L'assemblée du clergé s'occupa en 1595 d'un acte de violence commis par lui contre le curé de Jublains. En 1599, il accuse ses voisins, Claude de Champagne, vicomte de Neuvillette, et Joachim de Landepoutre, d'attentat contre sa personne. Il vivait en 1600, et Françoise de la Croix, sa veuve, en 1603. — Guy de M., mari de Françoise du Plessis, de la Roche-Pichemer, fut tué dans le cimetière de Jublains par les gens du lieu, le mercredi des cendres, 3 mars 1604, et inhumé le surlendemain dans l'église. Sa fille unique, Renée, le fut aussi un an plus tard, jour pour jour, « au charnier de ses ancestres ». — Guy de Mondamer, neveu et héritier du précédent, tué d'un coup d'arquebuse dans la forêt de Combrée le 14 janvier 1609, fut inhumé dans l'église des Anges près Saint-Quentin, et son cœur apporté au caveau de Jublains. — Bertrand d'Andigné, seigneur de la Chesnaie-Lallier, mari de Renée de Mondamer, fille de Guy de M. et de Françoise de la Croix ; il vivait en 1625. — Charles d'A., mari de Barbe de la Saugère, demeurant à la Chesnaie, 1630, à Laigné, 1666. Colbert dit qu'il avait 2.500 ₶ de rente, 1669. André-Pierre d'Andigné, son fils, maire de Mayenne, prit aussi le titre de seigneur des Écottais, du vivant de son père. — Philippe d'A., né en 1646, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, vint demeurer aux Écottais, épousa en 1669 à la Rouaudière Guillemette Boisard, veuve de Charles Jacquelot. Il avait six de ses sœurs religieuses. — Ambroise d'A., né en 1676, fut querelleur, dissipateur et dissolu. Il engagea plusieurs fois sa terre à Jacques Guyard et la vendit définitivement à Michel de Raccapé, seigneur de Magnanne, qui céda son acquisition, en 1717, à François Poisson, seigneur des Ormeaux, maître des forges d'Orthe, époux de Marie Guyard, demeurant au château de Fouletorte, et pourvu en 1758 d'une charge de secrétaire du roi. — Jean-Jacques-François de Brossard, chevalier, chevau-léger de la garde, marié le 7 février 1746 à Marie-Agathe Poisson. — François-Anne de B., capitaine de cavalerie, qui épousa le 14 novembre 1771, dans la chapelle de la Motte-Husson, Marie-Charlotte-Claire Baglion de la Dufferie ; il habitait la Francelière (Jublains). — N. Deschamps du Méry, gendre des précédents. La famille Chevalier a acheté vers 1850 les Écottais de dame Sophie-Henriette Deschamps du Méry, veuve de M. Louis-Édouard de Lonlay.
Arch. nat., X/1a. 150, f. 4 et 9.191, f. 16-19 : X/2a. 18, f. 6, 56. — Alm. Bernard, mss. — Tit. de la fab. et reg. par. de Jublains. — Chart. de Bourgon et du Rocher de Mézangers. — Bib. nat., Pièces orig., au mot Écottais. — Abbé Ledru, La maison de Broc, passim. — Verger, Notice sur Jublains, p. 112.