Louail (Jean) - Tome II

Louail (Jean) est né en 1668 à Évron, où sa famille, connue dès le XVe s., était nombreuse, de Jean L. et de Marie Gadubert. Il n'avait donc point passé « les limites de la studieuse enfance », comme le dit M. Hauréau, quand naquit à Paris en 1675 le quatrième fils du marquis de Louvois, Camille, et il put lui être donné comme compagnon d'études. Il se retira avant l'âge de dix-huit ans auprès de Nicolas Le Tourneux, auteur janséniste de l'Année chrétienne, à son prieuré de Villiers-sur-Ferre, où vint le rejoindre l'abbé Tronchay, son compatriote. Au lieu du doctorat en théologie qu'il ne voulut pas prendre pour se soustraire à l'obligation du serment, il prit tous ses grades à la faculté de droit en 1696. Sa thèse de doctorat est sur l'État religieux, De statu monachorum. Le 26 septembre 1697, comme préparation au sous-diaconat pour lequel il était en retraite au séminaire de Saint-Magloire, il assignait son titre sur la closerie de la Grillère, à Évron, qu'il tenait d'héritage paternel. Mais sa résidence était rue Vivienne, à l'hôtel de l'abbé de Louvois, alors bibliothécaire du roi.

Louail partit avec l'abbé au mois d'octobre pour l'Italie avec mission d'acheter pour les collections françaises des manuscrits, livres ou médailles. Pendant que son jeune maître profitait de la facilité des mœurs italiennes pour fréquenter l'Opéra, son secrétaire acquérait trois mille volumes pour la bibliothèque du roi. Rentré en France, l'abbé de Louvois, nommé vicaire général de l'archevêque de Reims, son oncle, se déchargea encore de ses fonctions sur l'abbé Louail. Les appelants du diocèse trouvèrent en lui un protecteur tout dévoué. Il reçut lui-même de l'abbé de Louvois, mort en 1718, quelques legs viagers qui, avec les revenus du prieuré d'Auzay, lui donnèrent l'indépendance. Il en profita pour se retirer sur la paroisse de Saint-Étienne du Mont où, d'après le Dictionnaire de Moréri, il « partagea son temps entre la prière, l'étude et le soin des pauvres qu'il a toujours aimés et qui ont souvent senti les effets de sa charité ». Pour garder sa liberté, il refusa la fonction de bibliothécaire que lui offrait le cardinal de Noailles et la charge de vicaire général de Joachim Colbert, évêque de Montpellier. Il mourut dans sa retraite le 3 mars 1724 et fut enterré au cimetière de Saint-Étienne-du-Mont.

C'est tout ce qu'on connaît de la vie extérieure de Louail. Ami de Port-Royal, janséniste ardent, adversaire des Jésuites, il eut une grande part dans les innombrables publications que firent naître les querelles doctrinales de l'époque. Le 28 mai 1693, il était admis, honneur insigne, à remplir avec le bon Rollin les fonctions d'acolyte à la procession de la Fête-Dieu à Port-Royal. « Jetant la vue, écrit-il, sur cette procession de vierges consacrées à Dieu qui marchoient toutes le flambeau à la main, édifié par leur modestie, ébloui par la blancheur de leurs habits et le rouge de leur croix, enlevé par la beauté de leur chant, que ne ressentois-je point ? J'admirois tout ce que je voyois ; je croyois être parmi les anges. Je me disois à moi-même : Dieu n'est mieux servi nulle part. » On devine ce qu'un pareil état d'âme devait produire. Les œuvres des jansénistes sont ordinairement anonymes et en collaboration. Louail eut part avec Mlle de Joncoux et M. Fouillon à l'Hist. abrégée du Jansénisme et aux Remarques sur l'ordonnance de M. l'archevêque de Paris (Cologne, 1698, in-8). Il écrivit seul les Réflexions sur le décret du pape du 12 février 1703, qui sont restées manuscrites. De 1705 à 1711, il revit la traduction des notes latines de Pascal sur Les Provinciales par Mlle de Joncoux et publia avec elle Hist. du cas de conscience signé par quarante docteurs de Sorbonne (Nancy, 8 vol.). Il déclare par contre n'être pour rien dans les Réflexions sur le livre du témoignage de la vérité dans l'Église, par H.-P. Laborde, et n'avoir pas même suivi cette dispute entre gens de son parti. Sont de lui : Trois lettres d'un théologien à un évêque sur la question : S'il est permis d'approuver les Jésuites pour prêcher et pour confesser (Amsterdam, 2e édit., 1717) ; — L'idée de la religion chrétienne (Paris, 1723), avec collaboration de Blondel, et quelquefois attribuée à Pacori et à l'abbé Hersan ; — et surtout : Hist. du livre des Réflexions morales sur le Nouveau Testament et sur la Constitution Unigenitus, servant de préface aux Hexaples (Amsterdam, 1723, in-4°, et 1728, 6 vol. in-12, ou un vol. in-4°). La première édition seule est de Louail, qui écrivit encore contre les Jésuites un Mémoire sur les affaires de Chine.

Ins. eccl., t. XLII. p. 17. — Reg. par. d'Évron, 1668. — Etude Lacroix, à Evron, 1717. — Nouvelles ecclés., 1731, p. 122 ; 1733, p. 190, 234. — Moreri, Desportes, Hauréau. — Bib. nat., nouv. acquis., mss. Ansart. — Revue du Maine, t. XII, p. 96. — Sainte-Beuve, Port-Royal, t. V, p. 120.