Magnannes - Tome II

Magnannes, chât. et f., cne de Ménil, à 1.000 m. S. du bourg. — Les formes Maignanne, Meignanne, qui représentent la prononciation populaire, se rencontrent aussi souvent que celles de Magnanne et Magnannes. — Le château de Magnaine (Cassini). — Seigneurie, château et domaine, mouvant du château d'Angers, soit directement, soit par l'Anerie de Moranne. Elle fut érigée au mois de septembre 1660 en châtellenie, puis en marquisat par l'union des châtellenies de Chambellay et de Saint-Fort et des seigneuries de Bressant, Ménil, Teigné, érigées elles-mêmes en châtellenies. « C'est une des plus belles et agréables seigneuries de la province d'Anjou, qui vaut 12.000 livres de rente, lit-on dans l'ordonnance d'érection. Les bâtiments du château sont spacieux, élégants, ornés de toutes les décorations, entourés de fossés profonds, munis de pont-levis et environnés de beaux jardins. » (Lettres patentes contenues au 42e registre des ordonnances de Louis XIV, f. 120, enregistrées au parlement le 6 mars 1702, à la Cour des comptes le 10 mai suivant, et au présidial d'Angers le 9 février 1733).

Le château, situé à mi-côte du vallon en pente douce de la rive droite de la Mayenne, ouvre au levant ses quinze fenêtres de façade et offre, avec son édifice central et ses deux pavillons moins élevés, un beau spécimen des demeures seigneuriales de style Mansard. Des douves, franchies par un pont de pierres, et de belles pelouses précèdent l'entrée du château, auquel servait de fond une haute futaie aujourd'hui supprimée. La vue s'étend de là sur le cours large et tranquille de la Mayenne, bordée sur la rive opposée par des collines boisées. Au rez-de-chaussée du château, auquel on accède par un perron de forme ovale entouré d'une balustrade en fer forgé, s'ouvre à droite du vestibule une salle immense encore ornée de ses premières boiseries, encadrant dans les trumeaux des peintures de grande valeur, les Quatre Éléments de Lancret, des dessus de portes variés et surtout le portrait du marquis de Magannes, à cheval, en uniforme de mousquetaire rouge, tableau splendide et vivant. Cette galerie formait, il y a dix ans, un riche musée des plus beaux produits de la céramique française et espagnole. M. le comte de Falloux, dans l'Album de Château-Gontier, et M. André Joubert, dans son Histoire de Ménil, ont longuement décrit ce beau modèle d'architecture du XVIIe s. Dans les soubassements se voient encore des parties importantes de l'ancien château féodal, spécialement une salle voûtée à colonnes trapues. La chapelle occupait le pavillon N. du château. Grâce à la réunion de plusieurs bénéfices desservis d'abord dans les autres manoirs des seigneurs, la messe y était fondée pour tous les jours de la semaine.

Seigneurs : Bertrand Gouyon, seigneur de Beaucorps, cède le 10 février 1429 la terre, fief et seigneurie de M. à Jean Racappé, en échange de biens situés en Bretagne. — Louis R., mari de Mathurine de la Faucille, donne la Herpinière en partage à Jean, son frère, 1455, et vit en 1490. — Pierre de R., fils de René de R., seigneur de la Goderie et de Jeanne Briand de Brez, rend aveu du Vau en Saint-Georges-sur-Loire, 1502, épouse en 1523 Renée Esperon, fille de René E., sieur de la Perdrillère, et vit en 1526. — Claude de R., chevalier de l'ordre du roi, capitaine des gardes du corps sous Henri IV, servait depuis 1543, fut « ès batailles de Saint-Quentin, Renty, siège de Metz, reprise de Calais, ès guerres civiles ; entretint ses deux fils d'armes, de chevaux et d'équipages au service du roy, où ils sont morts ; et par commandement du roy, à ses despens a entretenu en son chasteau de Magnanne, qui est entre Chasteau-Gontier et Craon, villes qui ont esté rebelles, grand nombre de soldats, par le moyen desquels ledit chasteau a esté conservé en l'obéissance du roy ». Il épousa : 1° Renée de la Panantais, dont une fille est baptisée à Ménil, 1564 ; 2° Charlotte de Samson, dont un fils unique, René, est baptisé en 1597. — René de R., marié le 29 juin 1618 à Suzanne Le Roux, fille de Charles Le R. de la Roche des Aubiers, d'où : Marie, 1620 ; Georgine, 1621 ; Emmanuel, 1622 ; Renée, 1623 ; Michel, 1625 ; René, 1626 ; Augustine, 1627 ; Anne, 1629 ; Claude, 1632 ; Marguerite, 1637. Suzanne Le Roux mourut le 30 janvier 1647, « autant illustre en piété qu'en extraction, dit son épitaphe conservée dans les manuscrits Grille ; l'exemple des dames, l'ornement de son sexe et le bonheur de sa famille. » René de R. décéda, âgé de soixante-quatorze ans, le 31 mai 1673. « Les commencements de sa vie ont été pénibles, le cours en a été heureux et sa fin autant chrétienne qu'elle avoit été vertueuse dans toute sa durée » (Épitaphe). — Michel de R., qualifié chevalier en 1648, épousa, le 22 avril 1662, Geneviève Cornuau de la Grandière, dont un fils, Henri-François, eut pour parrain en 1667 Henri Arnaud. La mère mourut le 13 février 1675, « humble dans les avantages d'une naissance et d'une alliance illustres, pauvre dans l'abondance, pieuse et prudente dans toutes ses actions. » Le seigneur de Magnannes convola, le 7 août 1681, avec Anne Marest, de Laval, et mourut au mois de septembre 1690. — Henri-François de R. acheva le château, fit ériger Magnannes en marquisat et épousa Augustine-Marie Millet de Naumare, dont il était veuf en 1715, et mourut à Paris le 17 mars 1750. C'est lui qui est représenté dans le grand salon du château. Conseillé par le pape Benoît XIII de rester à la Cour, il y donna l'exemple des vertus chrétiennes et écrivit quelques traités de spiritualité. — Henri-Michel-Augustin de R., pourvu de la terre de Magnannes par son père le 16 juin 1716, épousa, le 6 juillet 1726, Marie-Louise-Charlotte Le Roux de la Roche des Aubiers, hérita de la comtesse des Aubiers, son aïeule, acquit le 20 mai 1739 le marquisat de Château-Gontier et mourut sans enfants, à Paris, où il était depuis deux ans, le 13 mars 1755. — Anne-Henri-Salomon de la Tullaye, fils de Salomon de la T., qui avait épousé en 1715, dans la chapelle épiscopale d'Yvré-l'Évêque. Thérèse-Henriette de Racappé, sœur du précédent, hérita de son oncle, épousa, le 2 juillet 1745, Françoise-Siméonne-Stylite Moulin de Cheviré et mourut au château de Magnannes le 22 juin 1771. — Augustin-Louis-Salomon de la T., né à Nantes le 6 novembre 1751, y épousa, le 30 juin 1786, Henriette-Julie Perrée de Villestreux. Il est mort le 28 janvier 1825.

Le chart. de M., sauf les titres de famille, a été malheureusement aliéné il y a douze ans et est aujourd'hui perdu. — Arch. nat., Q/1. 702, 703. — A. Joubert, Hist. de Ménil. — Arch. d'Indre-et-L., D. 2. — Reg. par de Ménil. d'Yvré- l'Évêque. — Arch. de la M., B. 2.462. — Bibl. d'Angers, Topog. Grille.